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Regard sur le cinéma Kazakh (1938-2011) - La fin de l’Ataman (Konets Atamana)

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Un film de Chaken AÏMANOV (Kazakhstan, 1970, 147 mn)

Par Hélène KESSOUS

La fin de l’Ataman de Chaiken Aimanov, fait partie d’une trilogie ayant pour thème la Révolution. Ce premier volet a permis de mettre en place une nouvelle esthétique de « film d’action et d’aventure » qui ne tarde pas à prendre le nom « d’Eastern » ou « Red Western ».

Les codes hollywoodiens des « bons » contre les « méchants » sont ici repris et transposés. Les Rouges (les bons) se voient contraints et forcés de lutter contre le mal (les Blancs), afin de permettre à la société d’évoluer.

Nous sommes en 1921, au plus fort de la Guerre civile. Le général Kassym Tchadiarov (Rouge) se voit confier la délicate mission de liquider l’Ataman Doutov (Blanc). Le général Kassym, chef de la milice locale, nous est présenté comme un mari et un père aimant, un homme droit et juste, un homme d’honneur qui accepte sa mission avec retenue et résignation. S’il est certain d’être dans le bon camp, il n’est pas pour autant envahi par la haine de l’ennemi. Alors qu’il est forcé d’infiltrer la garde rapprochée de l’Ataman Doutov, le spectateur peut croire un instant, qu’il a fait le mauvais choix et qu’il est dans « l’autre camp ». Mais le doute ne s’installe pas longtemps, car on voit mal comment cet homme si beau, si fort, si noble, ait pu, dans le monde policé et manichéen du réalisateur, être de « l’autre côté ».

Deux mondes se font face dans le film, celui des hommes d’action et d’extérieur Kazakhs, et celui des officiers Russes restés au commissariat. Alors que Kassym est en mission, un traitre essaie de le discréditer auprès de ses supérieurs. Un huit clos se met alors en place au commissariat, où l’on discute des grands thèmes de la vie politique, de loyauté, de modernité. Pendant que les officiers Russes fantasment les actions de notre héros et parlementent, les Kazakhs agissent pour la victoire.

Les nombreuses scènes d’extérieur font du petit et robuste cheval de la région un personnage incontournable du film. Il n’a pas la grâce et l’élégance de son homologue de l’ouest, mais il est attachant et son trot saccadé rend les scènes de cavalcades haletantes, et ce particulièrement lors de la dernière chevauchée, celle qui ramène notre héros chez lui une fois sa mission accomplie. Les compagnons de route de Kassym n’ont qu’un seul objectif, protéger leur leader pour qu’il rentre sain et sauf. Un à un ils tombent, mais leur sacrifice n’est pas vain et notre héros peut retrouver sa bien-aimée. Eh oui, pour que le film soit complet, il ne pouvait se passer d’une histoire d’Amour. Mais ici pas d’histoire d’amour naissante, pas de rencontre entre deux jeunes amants fougueux que tout oppose. L’amour est un amour marital et paternel, et notre héros, citoyen modèle, préfère retrouver sa femme que de recevoir les honneurs, une fois sa mission terminée.

Si comme moi votre connaissance historique de l’Asie centrale sous l’URSS est lacunaire, pas de panique, car même si les tenants et les aboutissants du combat échappent quelque peu aux spectateurs non avertis, on se laisse sans mal envahir par cette soif de liberté et ce combat pour l’honneur mené dans les steppes d’Asie centrale. Entre les grandes chevauchées, les personnages charismatiques, les intrigues et rebondissements, la Fin de l’Ataman tient en haleine le spectateur du début à la fin, c’est incontestablement un film à voir.


Autour de ce film : interview du réalisateur Rachid Nougmanov sur le cinéma Kazakh ; biographie du réalisateur Chaken AÏMANOV (Wikipédia, en Anglais)

Images extraites du film. Tous droits réservés.