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Regard sur le cinéma Kazakh (1938-2011) - Le Balcon (Balkon)

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Un film de Kalykbek SALYKOV (Kazakhstan, 1988, 86 mn)

Par Ambre PRESLES

Un dentiste penché sur la bouche de son patient aperçoit le chiffre 20 tatoué sur la main de celui-ci. Cadre qui bouge, image édulcorée et musique pseudo-angoissante, les cinq premières minutes du Balcon de Kalykbek Salykov nous évoquent plus un mauvais film d’horreur des années 80 à petit budget que le chef-d’œuvre vanté avant la projection. Mais soudainement, tout bascule.

On se retrouve des dizaines d’années en arrière, dans les souvenirs du dentiste, redevenu le môme impertinent et un peu paumé qu’il était alors, et qui – lorsqu’il ne traînait pas dans la rue à fumer des joints ou tabasser les garçons du clan adverse, s’invitait à déjeuner chez son voisin du n°20.

Ce flash-back en noir et blanc dans la jeunesse des protagonistes nous entraîne dans des histoires rocambolesques qui marqueront les personnages, au point que l’un d’eux se fera tatouer le nombre 20, point de départ de leurs aventures. Si le film porte ce titre, ce n’est bien évidemment pas un hasard. Car le balcon, c’est la passerelle entre l’intérieur et l’extérieur, l’appartement des parents, incarnant la morale, les valeurs, la sécurité, et le dehors où règnent la violence et la loi du plus fort. C’est grâce au balcon du n°20 que le héros et son ami s’enfuient, aussi bien de manière imagée – en rêvant sur le balcon une cigarette à la bouche – que physiquement – lorsque le père, las de leurs bêtises, les poursuit à travers l’appartement, et qu’ils sautent par la fenêtre pour retrouver leur monde, la rue.

La confrontation est au cœur du film et dicte les relations interpersonnelles. Elle s’exprime souvent à travers une grande brutalité, et semble être le passage obligé vers une autre étape. L’âge adulte pourrait-on penser. La violence étant inhérente aux rapports humains, l’exagération avec laquelle elle est exprimée dans ce film serait donc l’expression d’une quête d’identité, d’un marquage de territoire, menant à la maturation et la libération.

Sauf que l’avenir vers lequel les jeunes du quartier courent n’a pas de contours définis et que le tout prend un aspect absurde. Le monde qui les entoure semble décousu, chancelant, et sans perspectives. Les repères s’effondrent, se renversent. Et si la violence est omniprésente et décuplée, elle n’est en définitive jamais grave, et semble plutôt être l’expression du mal-être de ces jeunes en quête de moyens de se confronter à une réalité qu’ils ne comprennent pas.

La souffrance, qui découle d’une perte de repères totale et de l’absurdité du monde, s’exprime à travers des scènes par moment totalement délirantes (ainsi, le musicien-magicien, dont les apparitions ponctuent le film, comme un rêve, lui donne un côté presque surréaliste) ou cocasses (comme le père allongé dans le canapé qui se plaît à regarder les images érotiques trouvées dans le cartable de son fils) et on assiste ainsi aux 400 coups d’une jeunesse désorientée et avide de changement.


Autour de ce film : interview de Rachid Nougmanov, réalisateur, sur le cinéma Kazakh.

Portrait de Kalykbek Salykov et Image extraite du film : tous droits réservés.