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Hommage à Kore-Eda Hirokazu - Nobody Knows (Daremo Shiranai)

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Un film de KORE-EDA Hirokazu (Japon, 2004, 141 mn)

Par Elsa NADJM

Conte philosophique au cynisme poétique, Nobody Knows, est un film perturbant, dont le public se souviendra. Comme dans beaucoup de ses réalisations, Kore-eda décrit l’être humain, dans ce qu’il a de plus beau et de plus cruel.

Et c’est certainement son style non spectaculaire, proche du documentaire qui interroge le spectateur, qui le confronte à une réalité crue et immorale.

Scène d’emménagement : une mère et son fils transportent des cartons et des valises pour s’installer dans un nouvel appartement. Ils se présentent aux voisins. Akira à l’air d’avoir hâte de commencer l’école. Sa mère précise que son mari, en déplacement à l’étranger, n’est pas souvent à la maison.

Les cartons sont déballés, les valises s’ouvrent. Trois autres enfants apparaissent comme par enchantement, ravis de pouvoir enfin mettre leur nez dehors. La pièce s’emplie des rires étouffés de la famille. C’est une nouvelle partie qui commence. La mère précise à nouveau les règles du jeu : ne pas sortir, ne pas faire de bruit, ne pas s’approcher trop près des fenêtres. Personne de doit savoir leur secret.

Une vie bien organisée, presque utopique, commence alors à huis clos. Akira ne va bien sûr pas aller à l’école. Seul autorisé à mettre le pied à l’extérieur, il fait les courses, prépare de bons repas pour ses frères et sœurs, aide les plus petits à faire leurs devoirs, pendant que sa cadette, Kyoshi fait des lessives, range la vaisselle. Leur mère rentre tard du travail, parfois ivre.

Elle les réveille souvent en pleine nuit pour pouvoir profiter d’eux et leur offrir des cadeaux, s’accommodant simplement du bonheur superficiel de ses enfants. Aucun père à l’horizon. On comprendra plus tard qu’il y en a plusieurs, tous autant désintéressés par leurs enfants.

L’ambiance est joviale, la famille s’amuse de ce petit jeu pendant un certain temps. Mais les absences de la mère vont se multiplier et être de plus en plus longues. Les enfants sont petit à petit abandonnés à eux-mêmes. Les plus grands comprennent que leur mère ne reviendra plus. Un lent retour à la vie commence alors. L’instinct de survie, les rêves, jusque-là interdits, refont surface. L’absurdité de la situation se manifeste lentement : un appartement délaissé, des enfants qui se libèrent du poids des responsabilités. Les confiseries remplacent les repas, et les dessins les factures. Ils sortent enfin courir dans les rues de Tokyo, sans que personne ne les remarque.

Dans la même veine que Tomboy, le film de Céline Sciamma (France, 2011, 84 mn), Nobody Knows plonge le spectateur dans le monde de l’enfance. La caméra se met à leur hauteur et filme leur regard. Mais contrairement à la jeune réalisatrice française, Kore-Eda filme une spontanéité à mi-chemin entre réalité et fiction. C’est tout l’art documentaire, avec lequel le réalisateur a fait ses armes, qui s’applique ici. Le tournage du film s’est déroulé sur un an. Kore-Eda a habitué les acteurs à la présence de la caméra, et leur a ensuite laissé une certaine liberté pendant le tournage. L’important pour lui était de saisir l’imprévisible et de pouvoir composer avec.

Le réalisme et la simplicité des images confrontent le spectateur à la cruauté latente du récit mais aucune leçon morale n’est donnée : ni au sujet de la puérilité de la mère, ni vers l’irresponsabilité des multiples pères, ni vers l’aveuglement des voisins. Même nous, spectateurs ne sommes pas visés. La situation nous paraît presque normale, jusqu’à ce que la plus petite des quatre enfants chute maladroitement d’une chaise et meurt sans que ses frères et sœurs n’arrivent à la soigner. Son corps est remis dans la petite valise dans laquelle elle était arrivée. La vie continue …


Autour du film : interview vidéo ; critique des films Air Doll, After Life et Hana ; biographie ; bande-annonce.

Images extraites du film. Tous droits réservés.