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Prix Inalco - Le Secret de Kanwar (Qissa : The Tale of a Lonely Ghost)

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Un film d’Anup Singh (Inde, Allemagne, France, Pays-Bas, 2013, 109 min)

Par Corinne Aillot

1947, partition en Inde. Un père de famille Sikh est déporté et arrive au Punjab avec sa femme et ses 3 filles. Paysages somptueux, apparats d’époque, décor luxurieux pour une famille aisée pour laquelle il importe d’assurer la descendance avec la naissance d’un fils.

À l’accouchement de son quatrième enfant, Umber reconnaît officiellement sa fille comme le fils tant attendu, et l’élève comme un garçon. Seuls lui et sa femme connaissent son genre originel. Personne d’autre ne connait la véritable identité de Kanwar, qui ne sait pas elle-même qu’elle est une fille. Sa mère choisit de lui cacher ce secret, pour apaiser l’autorité excessive et l’aveuglement sans faille de son mari.

Devenue adulte, Kanwar se retrouve mariée à une jeune femme, conséquence du choix de son père : sauver les apparences. Kanwar est pourtant proche de son père ; mais leurs liens sont tronqués par ce mensonge. Kanwar comprendra l’indicible vérité un soir dramatique : Umber le père tente de violer l’épouse de son enfant. Consèquence : Kanwar tue son père. Le masque tombe, s’en suivra une errance folle. Métaphore du complexe d’Oedipe poussée au paroxysme de l’hystérie ? Cette histoire montre comment le spectre de son père reviendra la hanter et l’habiter, jusqu’à montrer au grand jour l’horreur des conséquences des choix sur la destinée d’une femme élevée comme un homme.

Ce film parle de la ségrégation des genres dans une société patriarcale où la femme est reléguée au second rang. L’identité féminine du personnage est totalement bafouée, et ce postulat est mis en scène avec grandiloquence et intelligence. Il permet progressivement de comprendre toutes les déchirures engendrées par un père fanatique de patriarcat. Cette hérésie machiste est menée à l’extrême. Après le drame, l’histoire prendra une tournure onirique qui pose alors une réflexion au-delà du réalisme sociétal, intrinsèquement identitaire.

Qissa suscite l’émotion sensible avec une psychologie subtile des personnages dans un contexte de système de classes hiérarchisées et de loi karmique de la destinée. Le jeu d’acteur est à s’y méprendre et la scénographie de ce film est digne d’un drame shakespearien ; le décorum est mis en scène avec cette même éloquence qui participe à la grandeur des maux de son histoire. Un film bouleversant que je recommande vivement.


Autour du film : l’interview, l’interview vidéo, la biographie ; bande-annonce.

Image et affiche du film. Tous droits réservés.