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Prix Inalco - Atambua, 39° Celcius

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Un film de Riri Riza (Indonésie, 2012, 90 mn)
Prix Inalco 2013 au festival de Vesoul.

Par Élodie Guignard

Un bateau navigue, la journée s’achève, le soir tombe dans une lumière bleutée. Dans le ciel, un vol de chauves-souris. L’embarcation bat pavillon indonésien.

Nous débarquons à Atambua, ville de la province indonésienne des îles de la Sonde orientale, à la frontière du Timor oriental. Ainsi s’ouvre le film Atambua, 39° Celcius

Joao (Gudino Suares) est arrivé à Atambua avec son père Ronaldo juste après le référendum de 1999 qui divisa la région et permis plus tard au Timor oriental d’accéder à l’indépendance. Farouchement opposé à l’indépendance du Timor oriental, Ronaldo fuit avec son fils pour se réfugier dans la partie indonésienne de l’île, laissant derrière eux sa femme enceinte et sa fille. Au début du film, il dit : "un jour le Timor va revenir à l’Indonésie, d’ici là je ne remettrais pas les pieds dans mon pays natal." Bien plus tard il changera d’avis.

Ronaldo (Petrus Beyleto) est chauffeur. Pour oublier son passé, et contenir sa colère, il se noie dans l’alcool et rentre toutes les nuits ivre dans le cabanon de fortune où il vit avec son fils, laissant celui-ci nettoyer au matin les traces de sa nuit d’ivresse. À Atambua, ville aride et poussiéreuse, il y a peu d’échappatoires pour la jeunesse. Joao occupe son temps avec ses amis, entre tours à mobylette et visionnage de films pornographiques. Souvent, il écoute en secret la cassette audio envoyée par sa mère qui répète inlassablement "Joao, Joao, viens me voir, rentre à la maison". "Joao, Joao", la voix répète le nom du fils comme une incantation lancinante et mélancolique. La voix de la mère, déchirée, incarne les voix de toutes les mères séparées de leurs familles et de leurs enfants par un conflit politique. Joao n’a pas vu sa mère depuis 13 ans, il en avait sept. Il dit : "je n’ai jamais vraiment connu ma mère, mais je me rappelle son toucher, l’odeur de sa poitrine...".

Joao est amoureux de Nitia (Putri Moruk). La jeune fille vit seule dans une maison voisine, hantée par un passé douloureux et le fantôme de son grand père. Nitia est marquée par son passage par le camp de réfugiés. Depuis, elle porte en elle un lourd secret. Elle dit : "je ne connais pas le sens du mot foyer ni où j’habite". Pour elle, Joao va chercher l’eau à la rivière, il l’aide à ramasser les pierres qu’elle dispose sur la tombe de son grand père. Le chemin que gravissent alors les jeunes gens est mis en parallèle par le réalisateur avec le chemin de croix et la procession religieuse qui se déroulent en même temps dans cette île à majorité catholique. Cela, comme une manière peut-être d’évoquer l’exil et les difficultés de ces réfugiés. La lumière, dorée, sensuelle, éclatante, dans la chaleur des fins d’après-midis est filmée avec brio. Elle révèle et magnifie les visages et les corps des deux jeunes gens. Peu de mots sont échangés entre les différents personnages, mais des gestes, une douceur, révélés par la caméra, une intensité dans les regards et les attitudes qui raconte et suggère la violence, la perte, le déracinement, l’amour.

Tous ces thèmes sont magnifiquement menés par le jeu tout en finesse des acteurs tous amateurs.


Autour du film : l’interview vidéo, la biographie ; bande-annonce.

Images extraites du film. Tous droits réservés.