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Coup de coeur Inalco - Modest Reception

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Un film de Mani Haghighi (Iran, 2012, 100 mn)

Par Élodie Guignard

Sur une route de montagne, une voiture est arrêtée à un barrage. Au volant, une femme et un homme se chamaillent. L’homme prend à témoin le militaire, il ne supporte plus les remarques de la jeune femme et veut en découdre avec elle comme avec la vie.

Le soldat est pris de court. Il ne s’attendait pas à une telle scène et cherche à contrôler la situation. Dans la confusion générale, la femme sort du coffre des liasses de billets de banque qu’elle jette au pied du soldat avant de repartir.

Cette première scène donne le ton de Modest Reception, une comédie où l’on suit Leila et Kaveh, un couple de Téhéran qui sème la pagaille dans les montagnes du Kurdistan en distribuant non pas des coups de feu mais des billets de banque. Un monde à l’envers, à l’image du générique d’ouverture où les lettres en persan sont renversées. En effet, en retournant la proposition des films de gangsters, Mani Haghighi propose une fable à la fois hilarante et grinçante sur l’argent et ses pouvoirs.

Mais qui sont ces bons samaritains ? Et quelles sont leurs motivations ? Kaveh et Leila sont en effet chargés de distribuer cet argent pour satisfaire les voeux d’une mystérieuse donatrice avec qui ils s’entretiennent par téléphone. Chaque sac est numéroté et doit être distribué selon un certain ordre. On remarque que leur véhicule est immatriculé Beheshti du nom d’un quartier de Téhéran dont la signification est « Paradisiaque ».

On ne saura jamais le lien qui unit les deux protagonistes. Sont-ils frère et soeur, ou mari et femme ? Le film s’installe dans un rythme de variations où domine la comédie. On s’attache à ces deux citadins (elle avec son bonnet péruvien, lui avec son bras en écharpe) qui peinent à faire accepter leur « simple offrande », les habitants s’y opposent en effet la plupart du temps.
Si la comédie domine la première partie, le ton change avec le jour qui décline. La générosité cède le pas au cynisme. Kaveh oblige deux frères à vider le contenu de leur camion en échange des billets. Plus tard, il demandera à un père de famille de lui laisser le cadavre de son enfant. L’argent qu’il possède finit par établir un rapport de force et d’humiliation.

Kaveh et Leila seront finalement arrêtés. Ils s’apercevront qu’ils ont semé le désordre autour d’eux. Les billets de banque à l’effigie de Khomeyni n’auront pas fait le bonheur de tous… On peut s’interroger sur la morale de la fable, trouver le film bancal. Oscillant entre deux extrêmes, Modest Reception pose en effet la question de la réalité et de l’utopie. À la fin du film, le mulet blessé sera abattu. La réalité peut être retardée mais pas évitée. La musique de jazz du début réapparaît mais cette fois les lettres ne seront plus renversées mais droites !


Autour du film : la biographie ; bande-annonce ; interview de l’actrice Taraneh Alidoosti au FICA 2014.

Image extraite du film. Tous droits réservés.