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Le sous-titrage, parent pauvre du cinéma ?

Par François-Xavier Durandy

Analyse

Le saviez-vous ? Un film en version originale sous-titrée a généralement au moins trois auteurs : le scénariste, le compositeur de la musique et... l’auteur des sous-titres. Ce sont, aux termes du Code de la propriété intellectuelle, les trois créateurs légalement habilités à être rémunérés en droits d’auteur plutôt qu’en salaire, honoraires ou cachet.

Vous n’en saviez rien, avouez-le, et nul ne saurait vous en faire grief. L’adaptation audiovisuelle « est l’une des professions les plus dévalorisées », déplore Aviva Cashmira Kakar, traductrice et adaptatrice elle-même. Dans un article du Monde du 13 juin 2013, Thibaud Moisan faisait le portrait d’un jeune homme « désœuvré » et « sans qualifications », qui enchaînait « les petits boulots, ceux pour lesquels on ne demande pas de justificatifs [ :] vendeur dans des magasins de vêtements, distributeur de prospectus, traducteur pour des petits films... » Voici le respect qu’inspire le métier d’adaptateur audiovisuel dans le quotidien dit « de référence » !

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Zooey Deschanel dans "New Girl" (DR)

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Le FICA, mauvais élève parmi tant d’autres ?

En 2013, le Festival de Vesoul a présenté quelque 90 films, dont un tiers environ ont été sous-titrés en français spécialement pour l’occasion. « Si l’on s’adressait à des boîtes de sous-titrage », reconnaît Martine Thérouanne, directrice du FICA, « le festival n’existerait pas. On ne pourrait pas se le permettre. » Confiée à des professionnels qualifiés rémunérés au tarif syndical, l’adaptation d’une trentaine de films aurait en effet un coût dépassant les 100 000 €, soit la moitié du budget total du festival. À financement constant, le prix des entrées s’en trouverait augmenté de près de quatre euros.

La solution ? Faire appel aux fidèles d’entre les fidèles, comme Martine Armand, conseillère artistique employée par le FICA et qui a assuré le sous-titrage d’un grand nombre de films en compétition, ainsi qu’à des « amis du festival » et autres bénévoles. Avec toute leur bonne volonté — et il en faut, sans aucun doute, pour traduire dans l’urgence des films adressés à la dernière minute, parfois à peine montés, pour une rémunération de l’ordre d’un quart de celle du marché, puis assurer le volet technique pendant la projection en salle — ces amateurs restent des amateurs. Le résultat, ce sont des sous-titres issus de la méthode « bipolaire », c’est-à-dire rédigés par une personne dont le français n’est pas la langue maternelle, ou de la traduction dite « relais », effectuée non pas à partir de la langue originale, mais via l’intermédiaire de l’anglais.

Pas question pour autant de jeter la pierre au FICA : d’autres festivals, bien mieux dotés, ont recours aux mêmes méthodes, sans être toujours beaucoup plus généreux avec leurs adaptateurs, même professionnels. Petra (son prénom a été changé) travaille régulièrement pour le festival de Cannes : « Depuis l’an dernier, j’ai vu ma rémunération baisser de 15 %, même sur des films promis à une belle carrière au box-office. En dix ans, le tarif au sous-titre a été pratiquement divisé par deux. » Même son de cloche chez les adaptateurs travaillant pour la télévision, y compris les chaînes publiques, comme Arte ou TV5 Monde, où les tarifs sont encore plus bas. « Je suis indignée », témoigne cette traductrice américaine, qui exerce depuis 15 ans et peine aujourd’hui à vivre de son métier. « La boîte de production m’a dit qu’elle avait deux étudiantes russes prêtes à traduire un 52 minutes vers l’anglais pour 200 euros ! »

Et 200 euros, c’est sans doute encore bien trop pour certains diffuseurs, qui rêvent déjà d’une adaptation entièrement assistée par ordinateur. Une sorte de Google Traduction amélioré, qui serait notamment capable d’effectuer tout le travail de détection, repérage et transcription en amont de la traduction. « Mais adapter un film, ce n’est pas uniquement traduire un texte, explique Aviva Kakar. Il faut tenir compte des informations visuelles, qui fournissent le contexte, de l’ironie, des registres, etc., et réduire tout cela en un petit nombre de caractères. C’est tout un art ! »

Un art qui demande du talent, de l’expérience et du temps. Pour travailler dans des conditions satisfaisantes et fournir une œuvre de qualité, un adaptateur devrait disposer de deux à trois semaines pour un long-métrage de 100 minutes. À l’issue de l’adaptation proprement dite, qui, répétons-le, est un authentique travail d’écriture et de création, a lieu une phase de simulation, durant laquelle l’adaptateur visionne les sous-titres tels qu’ils apparaîtront à l’écran, aux côtés d’un technicien et, idéalement, du commanditaire, pour assurer un rendu fluide et impeccable. On comprend mieux pourquoi l’Association des Traducteurs/Adaptateurs de l’Audiovisuel (ATAA) revendique un tarif syndical de 3,90 € par sous-titre. « Le problème réside dans le fait que notre travail est de plus en plus intégré dans un forfait global facturé sur la durée (à la minute, à l’épisode ou au long-métrage) et négocié entre le producteur ou la chaîne et le post-producteur », regrette Anaïs Duchet, présidente de l’ATAA, sur le blog de l’association.

« Malheureusement, les adaptateurs sont le dernier maillon de la chaîne et les diffuseurs nous voient comme une contrainte, un passage obligé auquel on n’a envie de consacrer ni du temps, ni de l’argent », confirme Isabelle Thiers, qui, en trois ans de métier, a déjà eu le temps de constater la baisse des tarifs. « Le marché est de plus en plus délocalisé. On est un peu contraints de suivre ou de voir le travail s’en aller. Il m’arrive de faire des relectures de textes faits au Maroc par des gens dont le français n’est pas la langue maternelle. »

L’INALCO à la rescousse ?

Ce partenariat devient une évidence :

  • Pour le FICA Vesoul et la possibilité d’offrir à certains des films en compétition un sous-titrage professionnel.
  • Pour l’Inalco et ses étudiants, dans le cadre de son master professionnalisant en traduction et rédaction multilingue (TRM).

Photo -DR. Tous droits réservés

Master TRM (Traduction, Rédaction & Médiation multilingue), Laos & cinéma d’Asie

Cette 21ème édition du FICA de Vesoul a donné l’occasion de renforcer la présence de l’Inalco sur le festival., qui , pour la première fois , ouvrait ses portes au cinéma laotien dans le cadre de sa thématique « Francophonie d’Asie »...

On a ainsi pu voir en préambule de chacun des film laotiens un clip illustrant les richesses de l’Institut mettant l’accent sur l’enseignement du lao, un des éléments de son vaste patrimoine.

Cette vidéo a été réalisée par des étudiants de la filière CFI que nous remercions chaleureusement pour la réactivité dont ils ont fait preuve, et d’avoir ainsi relever le défit en un temps record.

Ce premier exercice a été concluant à l’écoute des retours et face à l’épreuve des projections sur écran de cinéma.
Nous envisageons une récidive pour la 22ème édition en accord avec l’équipe du festival, en intégrant ce travail au cursus audiovisuel du CFI. C’est une pierre qui s’ajoute au projet pédagogique que constitue ce partenariat avec le FICA, suite à celle édifiée par la collecte d’interviews en langue originale donnant matière à la traduction et au sous-titrage pour les étudiants du master TRM (Traduction, Rédaction & Médiation multilingue).


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